Lucia di Lammermoor at The Festival de la Vézère August 2015

Sanglante nuit de noces au Château du Saillant

Pour sa 35ème édition, le désormais célèbre festival de la Vézère déploie ses trésors musicaux durant l’été 2015 entre Tulle et Brive, le Château du Saillant, la collégiale de Turenne, etc. Depuis de nombreuses années, cette manifestation invite la troupe Diva Opéra à se produire dans la grange du Château. Métamorphosée en maison d’opéra, ce vénérable lieu accueille tous les ans deux chefs d’œuvre de l’art lyrique. Cette année, il s’agissait de Lucia di Lammermoor et des Noces de Figaro. Véritable institution britannique, Diva Opéra est la principale troupe d’opéra de chambre anglaise. Elle fêtera ses vingt années d’existence l’an prochain.

Par « troupe d’opéra de chambre », il faut entendre, non pas œuvres chambristes, mais « moyens » réduits à l’essentiel. C’est donc sur une scène d’une vingtaine de mètres carrés entourée par le public, avec des éléments de décors et des éclairages suggestifs, des costumes fidèles aux livrets, une mise en scène au cordeau et un accompagnement uniquement pianistique, que se déroule la représentation. Talent des interprètes, proximité avec ces derniers, intelligence de la production, la magie des spectacles est en fait la conjugaison de tout cela. Et encore une fois, le charme opère. Sous la conduite musicale (au piano) de Bryan Evans (co-fondateur de cette troupe), les amours malheureuses d’Edgardo et de Lucia vont atteindre une fois encore leur tragique acmé.

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(Ensemble de la troupe – Fin du deuxième acte – Photo Christian Delmas). A l’occasion de cette représentation, les festivaliers habitués des lieux, et ils sont nombreux, retrouvaient dans le rôle d’Enrico le baryton David Stephenson, celui-là même qui fut in loco un flamboyant Figaro rossinien (2013) et un non moins imposant Don Giovanni (2014). En plus d’une présence scénique indiscutable, cet artiste déploie une belle palette d’harmonies et un timbre affirmé, un phrasé exemplaire et un style bel cantiste des plus châtiés. Le public toulousain a encore en mémoire la magnifique Miss Wordsworth d’Ana James, lors de la création à Toulouse d’Albert Herring en 2013. Nous retrouvons cette soprano ici dans un rôle un rien plus exposé puisqu’il s’agit de celui de Lucia. Bravant les multiples difficultés de cet emploi périlleux, Ana James nous donne à entendre une héroïne d’une parfaite tenue vocale : timbre lumineux, ambitus profond, souplesse dans la vocalise, vaillance dans les éclats. Musicienne hors pair, elle agrémente ses reprises d’ornementations virtuoses bien venues. Loin des Lucia « rossignolesques », elle impose ici une interprétation de haut niveau, intensément dramatique.

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(Lucia- Ana James– Scène de la folie Photo Christian Delmas). Après une annonce d’indisposition en liminaire à la représentation, Ashley Catling se lançe courageusement dans le rôle d’Edgardo. A vrai dire, en 2013, ce ténor ne nous avait pas totalement séduits ici même dans La traviata (Alfredo). Ce soir, il assume malgré tout, révélant le meilleur de son art dans un phrasé particulièrement maîtrisé. Se voyant obligé malgré tout de couper une partie de sa scène finale, le spectacle ne comprenait pas non plus la grande scène dite de La Tour du Wolferag, Ashley Catling achève la représentation avec beaucoup d’émotion. Le baryton-basse Matthew Hargreaves nous avait déjà pas mal impressionnés l’an passé avec son Commandeur (Don Giovanni) et ses Diaboliques (Contes d’Hoffmann). Il revient ici dans le rôle plus en retrait de l’aumônier Raimondo, rôle dont sa voix puissante et caverneuse ne fait qu’une bouchée. Le lendemain il était programmé dans le personnage d’Almaviva. La vie d’une troupe, son esprit, sont entièrement dans cette alternance entre premiers plans et silhouettes secondaires. Les autres rôles (Arturo, Alisa, Normanno) étaient parfaitement tenus. Enorme et mérité succès qui salue encore une fois l’engagement et le professionnalisme de cette équipe. Remercions ce Festival de nous la proposer tous les ans, une manière comme une autre de prouver et démontrer que le frisson lyrique ne se nourrit pas seulement de stars et de budgets pharaoniques. Mais plutôt de sincérité.

Robert Pénavayre
Article mis en ligne le 11 août 2015

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